Pourquoi-j’aime-#72---Death Note-2

Pourquoi j’aime #72 : Death Note

Les semaines s’enchaînent et c’est toujours l’occasion parfaite pour vous partager mon avis sur les œuvres qui ont laissé leur empreinte dans mon esprit. Cette fois, je me suis dit que j’allais retourner un peu en arrière pour évoquer un manga qui est clairement un classique, mais dont j’ai finalement assez peu parlé. Il est temps de rectifier le tir afin de vous offrir un numéro spécial de “Pourquoi j’aime” dédié à l’excellent Death Note. Rien qu’à ce nom, des souvenirs ressurgissent et je pense que l’on est beaucoup dans ce cas-là. Si la série fut quasiment unanime sur sa première partie et plus décriée sur sa seconde moitié, ce récit n’en reste pas moins un monument du paysage manga. D’ailleurs, il s’agit aussi sûrement de l’une des histoires qui arrive le plus à attirer de lecteurs peu habitués aux mangas. Je me devais donc de lui dédier quelques lignes, surtout au vu de l’impact que cette lecture a pu avoir sur moi. Un simple carnet tombant du ciel va précipiter une véritable chasse à l’homme où manipulations, ruses et stratégies sont les seuls moyens d’obtenir la victoire. On est parti pour retrouver Light et le trop grand pouvoir qui lui a été confié.

Une idée simple donnant lieu à un récit inoubliable

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Pour bien commencer, je me dois de parler de l’élément qui va lancer toute cette aventure. Death Note repose sur l’une des idées les plus réussies que j’ai pu voir tant elle est maîtrisée : un cahier qui permet de tuer n’importe qui simplement en écrivant son nom, à condition de visualiser le visage de la victime. Ce concept simple mais diaboliquement efficace génère immédiatement une tension extrême. Light Yagami, lycéen brillant désabusé, trouve ce carnet et décide de l’utiliser pour créer un monde « parfait » en éliminant les criminels. Le manga explore très vite les règles complexes et les limites du cahier, ce qui crée un système cohérent et fascinant. Chaque nouvelle règle introduite ouvre de nouvelles possibilités stratégiques et aussi pas mal de rebondissements possibles. Ce pitch facilement compréhensible et redoutable permet au lecteur d’être immédiatement accroché dès le premier chapitre. La raison à cela est aussi que ça nous met dans une position où l’on confronte notre propre moralité. Tout le récit va s’appuyer sur le fait que l’on puisse se projeter à la place de Light au moment où il découvre ce cahier et ce que l’on en ferait. Avec ce simple élément qui va être le déclencheur de toute l’intrigue, notre duo de mangaka va nous délivrer un récit absolument génial. On transforme ici un objet du quotidien en une arme mortelle qui semble quasiment impossible à déceler si ce n’est pour celui qui l’a utilisé ou qui a été témoin de ses pouvoirs. On parle souvent de tout l’aspect psychologique et stratégique du manga, mais il faut aussi reconnaître l’efficacité avec laquelle ces auteurs ont su partir d’une base très simple pour créer une histoire complexe aux multiples rebondissements.


Une confrontation de deux grands esprits

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On ne peut évidemment pas parler de Death Note sans évoquer la grande affiche qui va être au centre d’une bonne partie du manga. L’une des forces de la série réside dans le face-à-face mental entre Light Yagami et L, le meilleur détective du monde. Leur confrontation est un véritable jeu d’échecs psychologique de haut niveau. Chaque mouvement, chaque mensonge, chaque piège est calculé avec une précision chirurgicale. Le manga brille particulièrement dans les scènes où les deux génies se jaugent, se manipulent et tentent de deviner les intentions de l’autre. La tension est constante, même dans les moments où ils partagent un simple café ou une conversation anodine. Ce duel d’intelligence pure est l’un des plus réussis et des plus addictifs que j’ai pu voir. Mais ce qui le rend d’autant plus exceptionnel, c’est justement que l’on ne sait pas où se placer. Celui que l’on suit depuis le début n’est autre que Light tandis que L, alors qu’il représente la justice, sert d’adversaire à celui-ci. On nous met dans une position où le représentant de l’ordre est l’ennemi à abattre. C’est ce qui rend d’autant plus forte cette confrontation qui va sans cesse nous faire aller de surprise en surprise. D’ailleurs, on sent plus d’une fois que l’étau se resserre autour de Kira et c’est ce qui rend aussi ce duel aussi palpitant. On n’est pas juste dans un rapport de force allant dans un sens. Ici, chacun redouble d’ingéniosité pour coincer l’autre. Un vrai jeu de dupe duquel naîtra une rivalité exceptionnelle. Le genre d’affrontement qui nous retourne le cerveau et nous met un violent coup derrière la nuque quand on arrive à son dénouement. Encore aujourd’hui, ce choc n’a rien perdu de sa superbe et est une véritable leçon d’écriture.


Jouer sur une ambiguïté morale à travers tous ses thèmes

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Si j’ai évoqué plus haut le concept de base du manga ainsi que la grosse confrontation qui a lieu au sein de ces pages, le titre brille aussi par un autre point important. Au-delà de l’intrigue policière, Death Note pose des questions morales et philosophiques puissantes : qui a le droit de décider qui mérite de vivre ou de mourir ? La justice absolue est-elle possible ? Le pouvoir corrompt-il forcément ? Au départ, Light nous est présenté comme un un vrai petit génie qui se retrouve à avoir un trop grand pouvoir entre les mains. Au départ, il n’y croit pas et finit par tester pour finalement se rendre compte que tout ça est réel. C’est alors qu’il décide d’utiliser ce pouvoir pour libérer le monde des pires criminels existants. Un but qui peut sembler louable en apparence, mais qui pose évidemment un questionnement moral sur le fait qu’il décide de qui mérite de mourir. Et progressivement, on le voit glisser vers la tyrannie et la mégalomanie. Le manga refuse le manichéisme : Light n’est ni un héros purement maléfique ni un justicier parfait, et L n’est pas non plus un modèle de vertu. Cette zone grise permanente force le lecteur à s’interroger sur ses propres convictions. C’est cette profondeur thématique qui élève Death Note bien au-dessus d’un simple thriller. J’avais déjà pu faire toute une analyse concernant l’écriture de Kira et la manière dont les auteurs jouent à merveille sur cette ambiguïté pour qu’on l’accompagne tout en voyant le monstre qu’il devient. C’est justement à travers cette ascension en tant que “dieu vivant” et cette chute aux enfers que le manga nous interroge sur notre vision de la justice et du pouvoir. Alors que l’on est pris par cette partie d’échecs qui se joue entre les personnages, ce n’est qu’en avançant dans la série que l’on prend conscience de ce que l’on regarde vraiment.


Un casting à faire pâlir les dieux de la mort

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Oui, on peut avoir l’impression que j’ai déjà parlé des personnages précédemment. Cependant, il s’agissait surtout de l’opposition se jouant entre Light et L. Si on observe individuellement chaque figure du récit, on se rend compte qu’il y a énormément à dire sur chacun d’eux même ceux qui ne semblent pas forcément importants au premier regard. C’est l’une des grandes forces du titre que de proposer des individus qui, malgré l’aspect fantastique de l’œuvre, sont profondément humains dans leur écriture. On peut revenir sur Light qui, même s’il est celui ayant le terrible carnet entre ses mains, est sans doute celui qui caractérise le plus certains aspects de la nature humaine. Un jeune homme qui voulait faire le bien et qui a fini par devenir pire que tous ceux qu’il cherchait à éliminer. L, le plus grand détective au monde, qui est en réalité un jeune homme assez négligé et avec un air livide qui cherche autant à stopper Kira qu’à se confronter à un ennemi à sa taille. Que dire aussi du père de Light, inspecteur de police qui se retrouve à la tête de l’équipe chargée d’arrêter Kira. Sans le savoir, il est confronté à son devoir en tant que policier et son rôle de père. Je pourrais continuer ça pendant encore un long moment tant il y a une multitude de personnages qui donnent énormément de profondeur à ce récit. Nous ne sommes pas juste face à des êtres fictifs qui nous racontent une histoire palpitante. On est face à des représentations de ce que l’être humain peut être quand trop de pouvoirs se retrouvent entre les mains d’une personne. On parle ici de corruption, de déchéance, de bonnes intentions transformées en cauchemar, du fait d’idéaliser une personne et bien sûr de la justice, de la mort et de la vie. N’oublions pas non plus les dieux de la mort qui sont à l’origine de tout ça et qui vont être les spectateurs de ce spectacle qui n’est, à leurs yeux, qu’un grain de sable dans leur très longue existence.


Une narration écrite autour de Kira

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Il est grand temps de mettre un point final à cette chronique. Pour ça, je vais parler de la narration de Death Note dans sa globalité. Avec douze tomes, la série réussit à maintenir son cap tout du long même si on sait qu’il y a quelques faiblesses dans la seconde partie pour beaucoup de lecteurs. Malgré ça, il faut reconnaître que Tsugumi Ohba et Takeshi Obata ont su aller au bout de leurs idées et surtout du développement de Light. Car il ne faut pas oublier que cette série raconte avant tout l’histoire de cet étudiant dont la découverte de ce cahier va changer son existence. Et je trouve que c’est remarquable d’avoir su aussi bien retranscrire tout son parcours, de ses “réussites” en tant que Kira a cette finalité qui le rend quasiment pathétique. A travers cette ascension et déchéance, notre tandem de mangaka nous raconte à quel point il suffit parfois d’un peu de pouvoir pour que tout vole en éclats. Et même si l’on souhaite faire le “bien”, il ne faut pas grand chose pour que l’on finisse par penser à soi avant les autres. Oui, Death Note est un thriller policier haletant qui nous prend aux tripes du début jusqu’à la fin avec des rebondissements mémorables. Mais à mes yeux, cette série est bien plus que ça. Elle nous confronte à nous-même et au fait que n’importe qui peut vriller avec une telle faculté. A chaque volume, on se remet en question face à ce personnage que l’on suit et qui n’est nullement un héros. Au contraire, il devient l’antagoniste de sa propre histoire et sonne un peu comme un avertissement. C’est en tout cas, pour moi, une leçon d’écriture qui, aujourd’hui encore, me met toujours autant une claque à chaque fois que je relis cette œuvre. Un récit intemporel qui a été aussi la porte d’entrée de beaucoup de monde vers le manga.

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