Elfen Lied-Vol.-1

Elfen Lied tome 1 : un chemin pavé de sang

Il n’est pas rare d’avoir des œuvres qui font leur apparition en France suite à un très gros succès, que ce soit par rapport à sa renommée au Japon que l’arrivée d’un anime. Pourtant, il est bien plus exceptionnel d’assister à l’arrivée d’une licence qui a marqué beaucoup de spectateurs presque vingt ans après ses débuts. C’est pourtant ce qui est arrivé il y a quelques jours avec la sortie du premier volume d’Elfen Lied aux éditions Delcourt Tonkam. Se présentant dans un format double, nous avons donc pu enfin mettre la main sur cette série dont l’anime est devenu culte et a grandement contribué à la connaissance de la licence chez nous. Rien que par son annonce, on était heureux et intrigué de voir ce qu’allait donner l’ouvrage original. On a donc découvert cette histoire qui a su nous faire vivre tout un tas d’émotions. Réservée à un public averti, cette première escapade ne nous épargne rien et l’on retrouve tout ce qui nous avait marqué dans la série. Une virée qui s’immisce rapidement dans notre esprit pour ne plus vouloir en sortir. Il est donc l’heure de revenir sur cette aventure littéraire qui nous met au contact d’un nouveau type d’humain.

Le renouveau du genre humain

Elfen Lied - mutanteElfen Lied, imaginé par Lynn Okamoto, nous plonge dans un Japon assez contemporain. On se retrouve embarqué dans un étrange centre de recherche dont les expérimentations ne sont connues que de quelques personnes. En fait, c’est dans ces locaux que se trouve Nyu, une jeune mutante qui est prisonnière. Obligée de subir sans cesse les différents traitements, tortures et autres examens qu’on lui fait, rien ne semble pouvoir la sortir de ce mauvais pas. Considérée en plus comme extrêmement dangereuse, de nombreuses précautions ont été prises afin de la garder enfermée sans risquer le moindre problème. Malheureusement pour le personnel, une succession d’événements jouant en la faveur de Nyu va lui permettre de s’évader en causant de multiples dégâts au passage. Elle disparaît alors en mer sans que les soldats sur place n’aient pu faire quoi que ce soit. Craignant le pire avec une telle créature dans la nature, Kurama, l’homme chargé de cet endroit, décide de prendre les choses en main. Il fait alors appel à une unité d’intervention armée spéciale baptisée la “S.A.T”. Les hommes qui constituent ce groupe sont chargés de ramener ce matériel expérimental au plus vite que cela soit vivant ou mort. La priorité n’est donc plus tant de préserver le sujet que d’éviter un véritable drame qui aurait de graves répercussions sur leur projet, mais aussi sur l’ensemble du monde. Ils sont alors loin d’imaginer que cette mutante va croiser la route de gens pouvant changer son futur.

En effet, après avoir dérivé un long moment, Nyu se retrouve entièrement nue sur une plage. Ce qui est étrange, c’est que son comportement n’a plus rien à voir avec celui qu’elle arborait dans le centre. Désemparée, ne sachant pas parler et craintive, cette demoiselle se montre totalement perdue. C’est alors qu’elle va faire la rencontre de Yuka et Kôta. Ces deux adolescents font partie de la même famille et la surprise est de taille quand ils découvrent cette naufragée totalement dénudée. Ne pouvant laisser une inconnue livrée à son sort et mourir frigorifiée, ils décident de l’aider et de la ramener chez eux. Cela lui permettrait de retrouver des forces et surtout d’expliquer ce qui a bien pu lui arriver. Cependant, Nyu finit par s’enfuir à nouveau et disparaît dans la nature. Ne pouvant rester sans rien faire, Yuka et Kôta décident de fouiller les environs afin de retrouver sa trace. Malheureusement, ils ne sont pas les seuls à être sur sa piste. Les soldats du S.A.T débarquent. Parmi eux se trouve Bandô, un homme n’ayant qu’un désir qui est celui de pouvoir tuer. Cette mission est l’occasion parfaite pour lui d’assouvir ce besoin qui ne le quitte jamais. Il pourrait pourtant regretter fortement ce souhait face à cette mutante qui est loin d’être aussi inoffensive qu’il le pense. De terribles conséquences vont avoir lieu si la mauvaise personne se présente devant Nyu. Le début d’un récit sanglant où le mystère derrière ce sujet de test va être au cœur des préoccupations.

Si vous avez vu l’anime, vous devez être familier avec l’histoire d’Elfen Lied. Cependant, pour ceux qui ne connaissent pas celle-ci, il est facile de se poser de nombreuses questions. Surtout qu’il ne faut pas longtemps au manga pour nous proposer des scènes d’une redoutable cruauté qui vont autant nous couper le souffle qu’attiser cette curiosité que l’on peut avoir pour ce scénario. Une intrigue qui se développe rapidement sans pour autant nous donner toutes les clés en main pour comprendre ce qu’il se passe. C’est donc dans un brouillard épais que l’on avance à la recherche de réponses, mais où la surprise peut être de taille.

Entre mystères et terreur

Il n’y a pas à dire, Elfen Lied provoque un sentiment bien particulier dès le moment où l’on s’aventure au sein de ces pages. Il ne faut pas longtemps pour que l’on ressente une profonde oppression en découvrant toute cette histoire d’expérimentations. En seulement quelques minutes, l’auteur nous immerge pleinement dans ce récit où l’obscurité est totale. Les quelques moments de lumière que l’on découvre sont rapidement étouffés par la violence de cette œuvre. Le récit va alors parfaitement combiner notre envie d’en savoir plus que ce malaise qui s’empare de nous. Sur ce plan, Nyu est ce qui représente le mieux cette contradiction fascinante. Les deux facettes qu’elle nous montre ont un effet bien particulier sur cette expérience littéraire. On a envie d’apprendre à la connaître, de savoir pourquoi elle était dans ce centre, mais la peur nous assaille aussi après que l’on ait vu de quoi elle est capable. Tel un funambule, le mangaka parvient à maintenir cet équilibre rendant ce périple aussi grisant que captivant. En réussissant habilement à construire son introduction, l’histoire pose ses griffes sur nous et ne nous lâche plus une seule seconde. Si l’on souligne les petits moments ecchi et fan service, ils ne sont au final qu’une petite minorité face à la violence des propos et actes tenus. Il n’y a pas un seul instant où l’on n’est pas pris à la gorge en se demandant si le sang va couler à nouveau comme si cette jeune fille était une vraie bombe à retardement. Un formidable travail sur l’ambiance et l’atmosphère qui va faire ressortir l’autre atout indéniable de cette lecture.

Ce dernier élément n’est autre que la part de mystère qui se dégage de ce premier volume. On se pose constamment tout un tas de questions sur l’ensemble de l’intrigue. Plus on avance et plus le brouillard qui nous entoure s’épaissit. Les quelques informations que l’on obtient n’apportent pas de réelles réponses, mais contribuent à nous encourager à avancer. En fait, plus les cases défilent devant nos yeux et plus il y a un effet hypnotique qui se passe entre cette aventure et nous. Il suffit alors de quelques lignes de dialogues pour que l’on soit interpellé. On ne sait pas du tout où veut nous conduire l’auteur pour le moment, mais cela ne nous frustre pas tant que ça. La raison à cela est que tout est pensé afin que nos interrogations soient balayées au moment où le rythme s’accélère. On a alors l’impression de ne plus avoir le temps de réfléchir tant le spectacle qui nous est proposé est marquant. Ce n’est qu’une fois que la tension baisse de nouveau que l’on se remet alors à imaginer tout ce qu’il y a derrière ce scénario. On prend les quelques éléments que l’on a en notre possession et l’on tente de voir le dessin final qui se profile au loin. Il y a donc constamment ce jeu où l’on enquête de notre propre chef et où nos investigations sont entrecoupées par les drames qui surviennent devant nous. Le choc est alors total dans ces situations où le sang gicle à tout va et où l’on reste simplement bouche bée en craignant le monstre qui naît devant nous.

Elfen Lied est une œuvre qui nous prend rapidement aux tripes. Si l’auteur joue beaucoup sur le côté ecchi, la véritable force de cette introduction est bien la violence dont on est témoin. Tout le mystère entourant ces étranges personnages nous captive et nous pousse à braver cette inquiétude que l’on a de revoir des scènes aussi frappantes. Un récit qui se veut brutal en confrontant ce que l’on pense voir et ce qui est réellement proposé. On tourne alors les pages avec la boule au ventre tant le climat d’effroi qui s’installe s’empare de nous. Cette lecture aura autant attiré notre attention que nous donner des frissons.

Elfen Lied nous oppresse

Elfen Lied - persosElfen Lied a ravivé beaucoup de souvenirs à travers ce premier volume. Si l’on a revu tout ce qui nous avait marqué en voyant l’anime, on doit reconnaître que voir ce format d’origine apporte quelque chose en plus. Rien que le dessin qui combine un trait presque enfantin à une violence exacerbée contribue à ce que cette épopée s’empare de nous. Bien évidemment, ce n’est pas un ouvrage à mettre entre toutes les mains. On a le droit à de terribles scènes qui nous choquent et accentuent cette aura funeste qui entoure cet ouvrage. On savait à quoi s’attendre et pourtant on a été emporté par ce déferlement de haine, de rage, mais aussi de peur qui accompagne chacun de nos pas. Il est aisé de croire qu’il n’y a pas vraiment d’espoir dans cette introduction et c’est ce qui fait que l’on est autant happé par ce récit. On sent pleinement la souffrance qui accompagne chacun des personnages. Même en dehors de Nyu, tous ceux qui gravitent autour d’elle ont des blessures. Un constat qui nous a sauté aux yeux et qui s’inscrit dans une volonté de l’auteur de ne pas tomber dans le manichéen. Chaque acteur de cette pièce peut autant faire preuve de bonté, de tendresse que d’une colère folle. Même la présence de Yuka et Kôta ne va faire que retarder l’inévitable. L’espoir que l’on nous présente semble si faible par rapport à tout le reste que cela donne un contraste formidable à cette aventure. On essaye de se rattacher tant bien que mal à ceux qu’il y a de bon chez l’être humain avant que la noirceur de ce dernier détruise tout.

Alors que cela fait presque vingt ans que le manga fut lancé au Japon, le découvrir aujourd’hui chez nous n’enlève en rien la force de ce titre. Elfen Lied est une œuvre qui, à travers ce premier acte, souhaite nous exposer à la détresse de ses personnages. Réservé à un public averti, les scènes sanglantes auxquelles on peut assister vont servir à accentuer ce malaise voulu chez le lecteur. Un premier volume dérangeant et pourtant si envoûtant dans le secret qu’il nourrit. Si vous n’avez pas peur de voir des situations particulièrement oppressantes et violentes et que vous souhaitez découvrir un récit qui maîtrise autant l’écriture de ses personnages que de son intrigue, alors vous devriez apprécier cette virée littéraire. Le gore se mélange à ce désir de connaître le fin mot de cette histoire. Un chemin teinté de rouge qui ne semble pouvoir se conclure qu’avec d’autres sacrifices. Les questions fusent alors dans notre esprit tandis que l’on ressasse tout ce que l’on a découvert au sein de ces planches. Qui est vraiment Nyu ? Quel est l’objectif derrière tous ces tests sur cette mutante ? Est-ce qu’elle peut espérer avoir une vie normale ? Va-t-elle continuer à apporter la ruine et la destruction dans son sillage ? Il va maintenant falloir attendre un peu pour espérer en apprendre plus sur toute cette affaire.

N’hésitez pas à nous partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume d’Elfen Lied. Avez-vous été marqué par ces premiers chapitres où l’innocence peut cacher un terrible danger ? Trouvez-vous qu’il s’agit d’une bonne introduction à cet univers pouvant être extrêmement violent ? Pensez-vous que l’on va avoir le droit à une évolution surprenante des personnages au vu de l’intrigue ? Retrouvez-vous tout ce que vous avez pu voir dans l’anime ? Avez-vous été intrigué par ce mélange soigné entre interrogations et spectacle effroyable ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2002 Okamoto Lynn, Shueisha

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