Le Mandala de Feu

Le Mandala de Feu : l’art dans toute sa splendeur

Décidément, on a eu le droit à une flopée de nouveaux titres en seulement quelques jours. Un véritable bonheur pour le lecteur que l’on est, car cela permet de découvrir des histoires toujours intéressantes et fascinantes. D’ailleurs, s’il y a un type de récit que l’on apprécie tout particulièrement, c’est celui nous faisant voyager dans le temps. Des œuvres historiques permettant de faire perdurer la légende, mais aussi l’héritage de nombreuses personnes. C’est pour ça qu’aujourd’hui, on a décidé de traiter d’un one-shot qui a su combler toutes nos attentes en la matière. Pour cela, on va se pencher sur le très récent catalogue de Mangetsu qui vient tout juste de sortir son deuxième titre. Il s’agit du Mandala de Feu qui nous invite donc à faire la rencontre de l’un des plus célèbres peintres japonais de l’époque Azuchi-Momoyama. Si l’on était très tenté par ce titre dès le départ, on a rapidement su à quel point cette aventure allait nous combler en tournant les premières pages. A la fois soigné à travers son trait et son écriture, cette virée temporelle va réussir à capter toute notre attention devant les travaux de cet homme. Il est donc grand temps de se pencher sur la vie tumultueuse d’un individu qui a su se hisser au sommet de son art.

La renaissance d’un peintre

Le Mandala de Feu - artisteLe Mandala de Feu, imaginée par Chie Shimomoto, nous propose de voyager dans le temps. On débarque alors au Japon en pleine période Edo. C’est durant cette époque que le pays connut de nombreux bouleversements à travers les multiples conflits qui rongent ces terres. Tous cherchent à mettre la mainmise sur le pouvoir et seuls quelques daimyos ont les ressources nécessaires pour y arriver. Parmi eux se trouve le célèbre Nobunaga Oda. Celui que l’on considère comme le seigneur démoniaque va connaître une fin tragique durant le fameux incident d’Honnô-ji. Cependant, notre récit ici ne porte pas sur ces seigneurs de guerre et ce qu’ils ont accompli. Alors que les flammes s’emparent du château de cette légende, un homme va profiter de l’agitation pour retrouver sa voie perdue depuis si longtemps. Son nom est Tôhaku Hasegawa, un artiste ayant perdu son inspiration après bien des années d’efforts. C’est finalement en posant les yeux sur l’une des plus célèbres œuvres d’un de ses collègues peintres qu’il va comprendre ce qu’il doit faire. A la fois jaloux et envieux d’un tel talent, la beauté du spectacle qui lui est offert va rallumer cette flamme qu’il abritait en son for intérieur. Accompagné de ses deux fils et d’un autre disciple, il va se lancer à corps perdu dans son art afin de devenir celui qu’il a toujours rêvé d’être. La mort du plus impressionnant des chefs militaires de l’époque allait aussi conduire à l’éveil d’un des plus impressionnants peintres de son ère.

Cependant, il va aussi se rendre compte que suivre cette route va aussi signifier sacrifier bien des choses. On ne peut être au sommet de cet art sans se frotter à de nombreux obstacles qui ne se limitent pas uniquement à la pratique de ce domaine. Hasegawa va donc faire l’expérience du rêve, de la frustration, de la gloire, mais aussi de l’abnégation. Tous ces éléments vont contribuer à enrichir son imaginaire et à entrevoir les toiles qu’il souhaite réaliser. Une créativité complexe et un infaillible talent qui vont lui permettre de faire éclore une œuvre intemporelle et raffinée. Pour lui, chaque dessin se doit d’exprimer un sentiment qui lui est cher. Pour cela, les aléas de la vie vont grandement contribuer à enrichir sa palette de couleurs qui va s’exprimer pleinement dès lors qu’il n’y a plus rien qui sépare cet homme de son matériel. L’inspiration n’est pas uniquement une affaire d’imagination. C’est aussi un travail constant qui se retrouve bouleversé par le courant de l’existence qui peut autant être vif que paisible. La joie, la tristesse, la haine, la colère et le bonheur font partie intégrante des outils de l’artiste pour donner vie à des peintures qui dépassent le simple cadre de l’ornement. Voici donc la légende de Tôhaku Hasegawa qui va bouleverser ce milieu et surtout qui ne va avoir de cesse d’exister pour son art. Une vie dédiée à la peinture et qui va être rythmée par bien des rencontres, des drames, mais aussi des moments de joie.

Le Mandala de Feu est une œuvre que l’on profite autant sur le plan visuel que sur l’histoire qui nous est conté. Du fait que l’on suit un artiste de renom, il est normal d’être subjugué par le travail qu’il accomplit. Pourtant, c’est encore plus fort ici, car on est en contact avec des toiles qui nous éblouissent totalement. L’émerveillement nous gagne tandis que l’on voit défiler la vie de cet homme qui est loin d’avoir eu une existence paisible. Un ouvrage qui va donc allier parfaitement le côté esthétique à une immersion dans une époque de grands changements même pour un simple peintre.

Une peinture qui oscille entre splendeur et tristesse

On l’a souvent dit, mais les récits historiques ont toujours su nous fasciner par la manière qu’ils ont de faire perdurer l’héritage de toutes ces figures qui ont marqué le monde. Avec Le Mandala de Feu, on était très curieux de voir comment le récit de cet homme allait réussir à nous toucher étant donné que l’on abordait un sujet que l’on connaissait sans forcément être un spécialiste en matière de peinture. Cette histoire va alors nous bluffer par la simplicité avec laquelle elle parvient à nous accrocher à la vie de Tôhaku. Il y a une réelle envie de faire découvrir tout le travail de ce grand artiste sans pour autant se concentrer uniquement sur ces diverses toiles. En effet, ce one-shot souhaite avant tout présenter l’humain derrière la légende. Ainsi, le fait de voir les déboires de cet individu cherchant à tout prix à se perfectionner va être assez grisant. Une forte sympathie se forge ainsi entre lui et le lecteur tandis que l’on contemple chaque pas qu’il fait en direction de son rêve. Nous devenons alors le témoin privilégié de tout ce qui a constitué sa vie et rendu ses œuvres aussi éternelles. En ouvrant cet ouvrage on a pu découvrir un artiste dont la créativité est tel un brasier qui ne s’éteint jamais. Des dessins ardents et spectaculaires qui nous donnent l’impression de ne pas regarder simplement une toile, mais d’être aspirés dedans. Il faut dire aussi que la mangaka fait un travail formidable à ce niveau. Tout respire la grandeur, la beauté et la poésie à travers le trait de cette autrice qui rend un sublime hommage à cet artiste de renom et aux gens qui l’ont entouré.

D’ailleurs, on est autant épaté par l’évolution d’Hasegawa en tant que peintre que tout ce qu’il vit en dehors de son métier. La vie est pour lui une source continue d’inspiration et c’est aussi vrai pour les instants de bonheur que les moments de tristesse. On passe donc avec habileté de toutes ces situations marquantes à leur expression à travers les travaux de ce personnage qui souhaite laisser une trace de tout ce qu’il a vécu. Ce n’est donc pas un titre qui se concentre uniquement sur un aspect bien précis de l’existence de Tôhaku, mais bel et bien l’ensemble de son œuvre que cela soit en tant qu’artiste que père et homme. On a même eu beaucoup d’empathie pour celui-ci qui ne va avoir de cesse d’être balloté d’une souffrance à l’autre et de sentir une sorte d’isolement en dédiant toutes ses forces à accomplir son travail. Un être à part entière pour qui on ne peut avoir qu’une profonde admiration tant il est resté fidèle à ce qu’il était jusqu’au bout. Souvent maladroit, parfois étrange, mais toujours passionné, il ne cesse de briller d’une lueur étincelante qui nous donne envie de le suivre le plus loin possible. On admire chacune des pages comme s’il s’agissait d’une toile reflétant un élément précis de ce qui constitue cet individu dont les efforts lui auront permis de survivre à travers ces œuvres. La passion dévorante d’un artiste qui sera allé jusqu’au bout de son propre combat et dont le parcours est maintenant peint à son tour.

On a réellement été bluffé par la manière qu’a eue la mangaka de retranscrire l’histoire de cet artiste légendaire. On ne s’attarde pas uniquement sur son parcours concernant la peinture, mais aussi toutes les épreuves qu’il a dû surmonter au cours de sa vie. Une œuvre hommage à Tôhaku Hasegawa qui réussit à nous apprendre énormément d’informations et à nous faire découvrir les déboires d’un homme pour qui dessiner va devenir une question de survie. Il n’y a vraiment pas besoin d’en faire plus tant cet unique volume parvient à compiler tous les éléments nécessaires pour raconter une bonne histoire.

Le Mandala de Feu et son héritage

Le Mandala de Feu - hypnotiqueDire que l’on a apprécié Le Mandala de Feu serait un euphémisme. Ce fut un vrai petit instant de bonheur de plonger dans cette époque qui a vu naître un véritable prodige du pinceau. Un récit qui a su capter l’aspect contemplatif de toutes ces œuvres d’art et aussi insuffler une part d’humain en s’attardant sur la vie personnelle de ce personnage. Le simple fait de le voir réfléchir, étaler ces couleurs et donner naissance à des toiles magnifiques à quelque chose de grisant pour le lecteur. On a vraiment cette sensation d’assister à un événement extraordinaire et ainsi être un témoin privilégié de la conception de toutes ces merveilles. On ne peut aussi parler de ce one-shot sans évoquer la qualité graphique du titre. La mangaka a fait un remarquable travail pour éblouir notre regard et ne pas se cantonner simplement à exprimer une simple beauté. Chaque case cherche à sublimer ce qui se cache derrière ces gigantesques toiles qui racontent toutes une anecdote et portent une partie des souvenirs de leur auteur. En plus de ça, on a aussi le droit à une édition de très belle qualité qui correspond bien à l’ambiance du titre. Finalement, c’est une réussite totale pour ce manga qui n’a absolument pas besoin de plus. Un titre qui nous propose une pause dans le temps où l’on contemple la naissance d’un maître de la peinture et qui a toujours suivi sa vision de l’art.

Vous l’aurez donc compris, Le Mandala de Feu aura été un très beau coup de cœur. Une lecture de seulement quelques minutes, mais qui nous restera longtemps en tête. Un voyage qui n’est pas seulement centré sur l’artiste, mais aussi sur l’humain qui se cache derrière ces toiles. Si vous aimez découvrir, apprendre et vous émerveillez en lisant un manga alors vous ne serez pas du tout déçu par cette aventure littéraire. Un excellent moyen de faire perdurer la mémoire de cet homme qui a su s’imposer comme un génie dans son domaine à base d’efforts et surtout d’expériences en tout genre. La plus incroyable source d’inspiration qui puisse exister pour un peintre, c’est ce qu’il observe au quotidien. Chaque rencontre, chaque cri de bonheur et chaque larme vont contribuer à enrichir sa créativité. On ne peut alors qu’avoir une profonde empathie pour cette figure du milieu qui a connu autant la joie que de nombreux malheurs. Il est évidemment impossible de se poser d’autres questions pour la suite étant donné que l’on a eu le droit au début et à la fin de l’histoire de Tôhaku. Malgré tout, on peut tout de même faire perdurer ces minutes passées en sa compagnie. Une manière à nous de le faire exister encore un peu et de contempler son héritage qui aura marqué bien des esprits.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant Le Mandala de Feu. Trouvez-vous que ce one-shot parvient aisément à nous happer dans ce qu’il nous raconte ? Avez-vous eu une certaine sympathie à l’égard de ce peintre qui a dédié sa vie à la perfection de son art ? Est-ce que cette lecture a su vous apprendre pas mal d’éléments concernant l’époque, mais aussi la culture japonaise ? Avez-vous ressenti une certaine admiration en voyant les travaux de ce maître ? Ce format est-il, à votre avis, parfait pour raconter ce genre de récit bref, mais intense ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2016 Shimomoto Chie, Leed

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