Keiji-Vol.-1-1-2

Keiji tome 1 et 2 : le récit d’un grand guerrier intenable

On le sait depuis quelques mois, Mangetsu met les petits plats dans les grands en nous proposant de belles licences. Que ce soit des séries longues captivantes que des one-shot prenants, l’éditeur a su proposer un excellent début de catalogue. Cependant, cela est loin de s’arrêter étant donné qu’une nouvelle salve de titres a fait son apparition il y a quelques jours dont un titre qui a retenu toute notre attention. En effet, un autre grand nom du monde du manga débarque chez eux et il ne s’agit nul autre que de Tetsuo Hara qui a travaillé en tant que dessinateur à travers Keiji. On a pu donc découvrir cette série que nous n’avions pas pu lire lors de sa première sortie en France. Nous ne pouvions donc pas rater cette occasion surtout au vu de ce qu’allait nous raconter cette licence. Nous dépeignant la vie de Keiji Maeda, grand guerrier de son époque, ce manga a juste besoin de quelques minutes pour que l’on soit totalement happé par ce qui nous est présenté. Une plongée fantastique au sein du Japon féodal où le trait du mangaka va donner vie à une palette de figures historiques bluffante et grisante. L’heure est donc venue d’accompagner ce géant qui n’obéit qu’à ses propres règles.

L’épopée de Keiji Maeda

Keiji Vol. 1Keiji, scénarisé par Keiichirô Ryû et dessiné par Tetsuo Hara, nous plonge au Japon à la fin du XVIe siècle. C’est durant cette période que le pays connut de nombreux bouleversements et surtout des années de conflits destructeurs. Les divers daimyos font de leur mieux pour asseoir leur autorité et accomplir leurs ambitions. Des seigneurs sortent alors du lot et ces terres se rapprochent peu à peu d’une possible unification totale. Un revirement de taille pour ces contrées qui n’ont connu que la mort et le sang. C’est donc l’occasion rêvée pour n’importe quel guerrier de pouvoir se faire un nom et surtout servir un maître digne de ce nom. Pourtant, au sein de cette ère où chacun lutte pour ses rêves, un homme se démarque de la mêlée générale. Il fait partie de cette nouvelle génération de guerriers qui refusent de se plier à l’autorité. Des individus qui suivent leur propre code d’honneur et qui se sont donné le nom de Kabuki-mono. Celui qui est au cœur des discussions n’est autre que Keiji Maeda, un membre important du clan du même nom. Alors que son oncle fait de son mieux pour entrer dans les bonnes grâces de ses supérieurs, lui prend une toute autre voie. Prenant un malin plaisir à faire tourner son entourage en bourrique, il souhaite démontrer que personne ne pourra le tenir en laisse comme un vulgaire animal. Un être imposant dont la puissance et la maîtrise du katana n’a d’égale que son oisiveté légendaire.

C’est dans la province de Kaga qu’il se fait une grande réputation. Tous ceux qui le voient sont autant admiratifs de sa carrure que surpris par sa personnalité singulière. N’hésitant pas à braver les directives de ses aînés, ce samouraï refuse d’aller à l’encontre de ses principes même si cela implique de devoir se mettre à dos tout son clan. Son caractère original et son habitude à s’amuser le rendent très populaire auprès du peuple tandis que les officiers et autres seigneurs ne peuvent contenir leur colère. Alors qu’il devrait jurer fidélité et servir comme n’importe quel combattant de ce rang, il est toujours prêt à se moquer d’eux sans la moindre impunité. Keiji n’a aucune crainte de mourir, mais il est déterminé à vendre chèrement sa peau même si l’adversaire qu’il a en face de lui n’est autre qu’un membre de sa famille. C’est ainsi que débute la légende de celui qui sera considéré comme le plus redoutable des Kabuki-mono. Un guerrier dont le nom continue encore de résonner aujourd’hui. Mais quels sont les défis qu’il a bien pu relever tout au long de son existence ? Voici donc le récit de cet homme qui ne connaît aucune barrière et passe son temps à profiter de la vie de la façon qui lui paraît la plus juste. A une ère où chacun cherche à accroître son propre profit, il est ce petit grain de sable qui pourrait bien détruire les efforts de ceux qui complotent dans l’ombre. Un combattant dont la liberté n’a pas de prix et qui n’hésitera pas à se débarrasser de tous ceux qui tenteront de lui mettre des fers.

Vous l’aurez donc compris en lisant ce synopsis, Keiji est un manga qui souhaite nous faire voyager dans une période historique particulièrement importante du Japon. Cependant, si l’on a le droit à pas mal d’informations sur l’époque, on va tout d’abord être fasciné par le trait si spécifique du mangaka qui va sublimer vraiment tout ce qui constitue cette série. Une œuvre qui nous fascine par rapport à ce qu’elle parvient à exprimer autant avec des mots qu’à travers de simples dessins. Il suffit alors de poser les yeux sur cette fresque pour être totalement immergé dans cette ère où les conflits étaient innombrables.

Un style qui fait mouche

Bien évidemment, la première chose qui nous frappe quand on se lance dans Keiji vient directement du trait du dessinateur. Tetsuo Hara, célèbre pour Hokuto no Ken, a ce style si particulier qui va parfaitement s’inscrire dans le contexte de cette histoire. En effet, le côté brutal et sanglant s’intègre parfaitement dans cette époque où les conflits ne cessaient jamais et où chacun essayait tant bien que mal d’en tirer une certaine gloire. On ressent donc aisément ce déferlement de violence à travers les dessins, mais il va aussi y avoir une certaine élégance qui va contribuer à l’opposition qui existe entre le personnage de Keiji et son entourage. Par ses nombreux atours, cet individu se démarque aisément des autres personnages que l’on peut rencontrer tout au long de notre périple. Le mangaka a parfaitement su retranscrire cet excès qui caractérise cet homme, mais aussi son mode de vie rien que par ses habits et sa manière d’être. Il n’y a même pas besoin du moindre mot pour comprendre qu’il évolue sur une voie totalement différente des autres guerriers de son époque. Keiji est l’exemple type de la série qui va énormément jouer sur son style artistique pour parler au lecteur et surtout l’inviter à faire ce voyage dans le temps. En plus de ça, on retrouve cette exagération propre à l’auteur qui ne fait que rendre les combats, mais aussi chaque situation encore plus impressionnante. On sent cette envie que l’on s’intéresse à ce mode de vie si particulier basé sur la liberté dans un monde où l’obéissance devait être absolue.

D’ailleurs, il ne faut pas limiter ce manga à seulement les péripéties de Keiji tout au long de son existence. En fait, plus on suit ce redoutable combattant et plus on ouvre les yeux sur cette société de l’époque en proie à un chaos sans nom. Là où chacun fait de son mieux pour réaliser ses ambitions, notre protagoniste va au-delà de toutes ces considérations. Il ne cherche pas à faire plaisir à un quelconque seigneur ou à se conformer aux autres. La seule chose qu’il a en tête est de profiter de l’instant présent sans forcément penser à ce qu’il se passera le lendemain. On est donc obligé d’être captivé par cette figure impressionnante qui va à contre-courant de tout ce que son statut indique et des responsabilités qu’il a. Une sorte d’admiration pour cet être qui ne se laisse jamais dicter sa conduite et qui va autant provoquer de nombreux problèmes qu’être porteur d’importantes valeurs concernant le destin qu’il a décidé de façonner de ses propres mains. Si l’on va aborder plus en détails sa façon de penser juste après, on tenait à souligner cet écart qui se présente autant dans l’écriture que le dessin. Un formidable travail de la part de cet artiste qui a parfaitement su comment rendre ce personnage historique à la fois imposant et très attachant. Une harmonie parfaite qui vient briser le sérieux de cette ère souvent bien trop sinistre. En seulement quelques cases, on a déjà une furieuse envie de suivre Keiji dans toutes ses aventures.

Si le style graphique de Keiji joue habilement sur notre appréciation de cette aventure, un autre détail important est à noter. En effet, suivre ce personnage si haut en couleur tout au long de son existence va nous conduire inexorablement à être témoin de ses frasques. Cependant, derrière son attitude en totale opposition à ce que l’on pourrait imaginer des guerriers de l’époque se cache un être fascinant pour qui la liberté est plus importante que sa propre vie. Un samouraï qui mérite peut-être encore plus ce statut que la plupart des autres combattants qu’il peut croiser sur le champ de bataille.

Entre honneur et insubordination

Keiji MaedaOn ne peut évoquer Keiji sans parler de l’élément qui a rendu ces deux tomes absolument fantastiques à nos yeux. Si l’on retient bien évidemment l’action du titre, son côté historique documenté, mais aussi ses quelques moments comiques, on a surtout apprécié tout le message de fond qui découle de ce début d’aventure. En effet, le fait d’avoir un tel individu comme protagoniste va forcément l’opposé aux autres gens de son entourage. Cependant, il n’est pas seulement question ici de confronter un homme voulant profiter de la vie à des nobles et guerriers ayant des obligations. La dualité va bien plus loin que ça et ne cesse de prendre de l’ampleur au fur et à mesure que l’on avance dans le récit. Tout d’abord, Keiji n’est pas un être dénué d’honneur. Bien au contraire, il est sûrement celui qui fait le plus preuve de cette qualité tout au long des deux volumes. A contrario, ceux qui devraient tenter de vivre en suivant ce principe se présentent souvent comme des personnalités fourbes qui n’hésitent pas à échafauder de sordides plans pour se débarrasser de leurs adversaires. Ainsi, notre guerrier vagabond est beaucoup plus en adéquation avec l’image que l’on a d’un véritable samouraï que ceux qui se prétendent l’être. Cela donne des scènes particulièrement marquantes où il est capable d’épargner son adversaire pour lui offrir une mort plus honorable sur le champ de bataille. Il est donc celui qui se rapproche le plus de cette figure iconique du guerrier qui ne tourne jamais le dos face à l’adversité et traite même ses ennemis avec respect.

Pourtant, tout le monde autour de lui dit qu’il est un non-conformiste qui préfère se prélasser au soleil ou batifoler avec la gente féminine en apportant ainsi un déshonneur sur son nom et son clan. On ne peut que réfuter toutes ces accusations au vu de la couardise de certains comparé à la prestance de Keiji qui fait fi de tout ce qu’on peut dire de lui. Il est un esprit indomptable qui n’est porté que par sa propre vision du monde et par les principes qu’il s’est lui-même imposés. En réalité, il représente un vent de fraîcheur, mais aussi un vestige d’un temps passé qui semble avoir totalement disparu. Là où l’on ne voit que manigances, complots et assassinats, il apporte cet élan d’honneur, mais aussi de joie qui permet de briser tout ce décor sinistre qui l’entoure. D’ailleurs, cela se voit qu’il gêne tout ce qui l’entoure, à commencer par sa propre famille, qui souhaite à tout prix le mettre à l’écart de leurs ambitions. Pourtant, rien ne semble pouvoir entacher l’envol de ce somptueux oiseau qui se laisse guider par des vents qui ne semblent plus accessibles qu’à une poignée d’individus hors du commun. De même, la plupart de ceux qui vont faire la connaissance de Keiji vont ressortir grandis de cette expérience. Il ouvre les yeux sur ce que c’est que d’être un vrai guerrier et surtout un esprit libre qui ne doit pas suivre la même route que les autres. Son combat est celui de la liberté. La liberté de faire ses propres choix, mais aussi d’obéir à son sens moral plutôt qu’à des ordres qui viendraient entacher sa conscience.

Keiji est un manga qui nous a totalement séduits autant par son aspect historique que par l’écriture de ce personnage hors du commun. A la fois imposant, sympathique et symbolique, cet être capte toute notre attention dès l’instant où l’on croise son regard. Un guerrier qui marche hors des sentiers battus en restant fidèle à ses principes et qui se forge sa destinée autant à travers ses petits plaisirs que le sang de ses ennemis. Un récit d’une grande puissance et qui va aussi être porteur de valeurs importantes réunies en un seul individu. Même après avoir refermé le second volume, on ne peut effacer le souvenir de cet homme que rien ne semble pouvoir arrêter.

Keiji marque les esprits

Vous l’aurez aisément compris en lisant ces quelques lignes, mais on a été totalement séduit par ces deux premiers volumes de Keiji. Bien plus qu’un récit où la baston prend le pas sur tout le reste, on a le droit ici à une formidable fresque historique. La narration autour de notre personnage principal et toutes les épreuves qui se dressent sur sa route apportent tous un plus incroyable à ce périple qui nous captive un peu plus à chaque nouvelle page. En plus de ça, le trait de Tetsuo Hara colle parfaitement à ce type de récit qui mêle autant une certaine élégance qu’une brutalité sanglante. Un parfait compromis de ces deux facettes qui fait de cette série une fabuleuse expérience littéraire où l’on apprend beaucoup de choses tout en s’extasiant devant le quotidien de ce géant parmi les hommes. Un être à part et qui pourtant véhicule des valeurs qui devraient être en chaque guerrier de cette époque. Il est la quintessence de cet honneur qui anime chaque samouraï et que rien ne semble pouvoir ébranler malgré tous les complots qui peuvent se tramer autour de lui. Il y a une aura qui se dégage de ce protagoniste et qui fait que l’on a rapidement une profonde sympathie pour Keiji et ce mode de vie. Il a beau ne pas obéir aux directives de ses supérieurs, cela n’est aucunement un problème étant donné la portée de son message. Ce colosse est un symbole qui permet à certains de retrouver leur chemin sur la voie du respect tout en ouvrant de nouvelles possibilités au reste du monde.

Un véritable coup de cœur pour ce titre qui nous parle déjà énormément par rapport à son aspect historique, mais aussi par cet ensemble d’éléments qui donnent une identité forte à cette œuvre d’une grande puissance. Les deux volumes ont beau être denses dans leur contenu, on ne voit pas le temps passé tant on est emporté dans cette chevauchée mémorable en compagnie d’un être qui semble intouchable. Un artiste martial impressionnant dont le plus grand plaisir n’est autre que de croquer la vie à pleines dents. Cette série pourra satisfaire autant ceux qui souhaitent une épopée historique de qualité que ceux qui désirent observer un personnage qui sort des sentiers battus pour n’être le pantin de personnes. On est impatient de voir ce qui attend notre nouveau camarade de route au cours de ses pérégrinations dans ce pays en guerre et qui pourrait bien connaître de nombreux changements. Comme toujours, on finit avec les quelques questions qui nous trottent en tête à la suite de cette lecture. Est-ce que Keiji va devoir faire face à un obstacle qui pourrait lui sembler insurmontable ? Devra-t-il baisser les bras devant les injonctions de sa famille ? Parviendra-t-il à rester fidèle à son choix de vie ? Il nous tarde d’assister à l’écriture du prochain chapitre de sa légende. Un périple plein de dangers, mais qui pourtant semble facile en compagnie d’un tel être. On espère que la suite sera du même calibre que ces deux premières escapades.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ces deux premiers volumes de Keiji. Avez-vous été intrigué par ce contexte historique ? Trouvez-vous que la patte artistique de l’auteur convient parfaitement à ce genre d’histoire ? Est-ce que notre protagoniste a su éveiller en vous une forme d’intérêt et de fascination par rapport à la voie qu’il a choisi ? Pensez-vous qu’il restera toujours fidèle à cette dernière peu importe ce qui se dresse devant lui ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre sur cette excellente licence qui n’a pas fini de nous surprendre.

© 1990 Ryu Keiichiro / Hara Tetsuo

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